VIH/SIDA La sensibilisation de proximité porte ses fruits (Syfia / Jade Cameroun) Dans des villages de l'ouest du Cameroun, parler du sida aux gens dans leur langue et dans leur milieu a fait évoluer les croyances et les comportements. Certaines pratiques comme les autopsies traditionnelles ou la scarification perdent du terrain ou se font avec plus de précautions.
Dans l’ouest du
Cameroun, à plus de 300 km
au nord de Douala, le sida est désormais reconnu par beaucoup comme une réalité
indiscutable. "Aujourd’hui, quand on pense que quelqu’un est mort du
VIH, on évite de passer à côté de son cadavre et de procéder à une autopsie
traditionnelle", explique Gilbert Kuété, conducteur de moto-taxi dans
le département des Bamboutos. Autrefois réticent comme la plupart de ses
collègues à accepter l’existence de cette maladie, il a fini par l’admettre à
la suite de nombreux échanges avec des animateurs. Comme d’autres conducteurs,
il a reçu des brochures avec des photos de séropositifs à différents stades de
la maladie et écouté des explications sur les modes de transmission et
l’impossibilité de guérir du VIH.
Au cours des
entretiens, les animateurs ont mis l’accent sur l'étroite relation entre
certaines pratiques courantes dans la région, comme l'autopsie traditionnelle
et la scarification, et la propagation du virus. La première consiste à
disséquer le corps d'un défunt, afin de rechercher la cause mystique du décès.
La seconde consiste à inciser la peau d’une personne avec une lame et à y
déposer un produit spécial afin de provoquer des cicatrices qui marqueront
l’appartenance à un groupe.
Ceux qui se livrent aux autopsies peuvent
être contaminés en raison d'un contact avec le sang et les viscères d'un défunt
infecté tandis que ceux qui réutilisent la même lame pour faire des
scarifications propagent le sida. "Deux vieux qui avaient fait des
autopsies sont morts de façon presque identique. Dans une famille dont les
membres s’étaient fait scarifier avec une même lame de rasoir, deux personnes
sont mortes et une troisième présente les mêmes symptômes. On dit que c’est de
la sorcellerie, mais moi je soupçonne le sida", affirme un chauffeur
de taxi qui dit prendre désormais toutes les précautions pour éviter d’être
contaminé non sans inviter ses amis à faire de même.
Animateurs
relais
Dans le
département des Bamboutos, la campagne de sensibilisation lancée en août 2008
par l'Association femmes et développement Bamessingue de Yaoundé (AFDB) avec le
projet SAVV (Scarification, autopsies villageoises et VIH/sida) a fait tâche
d’huile. Ce projet avait reçu le soutien de l’Institut de recherche pour le
développement (IRD) et du ministère français des Affaires étrangères, dans le
cadre du projet Promotion de la culture scientifique et technique (PCST). Une
fois formés, des animateurs ont pris le relais dans les différents villages de
ce département réputé être le plus touché par la pandémie dans l'Ouest
camerounais. Ils ont discuté avec leurs proches, dans leurs langues.
Le Dr Ngouafong,
chef du service de santé du district de Mbouda, qui ne dispose pour le moment
pas de statistiques sur l’évolution de la pandémie dans ce département,
reconnaît néanmoins de grandes avancées. "Les autopsies traditionnelles
ne sont plus aussi fréquentes et le nombre de nouvelles personnes infectées par
le VIH n’augmente plus autant qu'avant. La sensibilisation commence à
fonctionner. Il faut intensifier la campagne et insister sur les méthodes de
prévention", conseille-t-il.
Les dernières
campagnes de dépistage volontaire et anonyme organisées dans cette zone ont
attirés, selon lui, plus de monde que par le passé. Le nombre de personnes
venues retirer leurs résultats a aussi été plus élevé. "Les échos qui
nous parviennent des hôtels et des auberges indiquent que les préservatifs y
sont de plus en plus demandés. Par ailleurs, le nombre de personnes prises en
charge dans les deux unités de la ville est en augmentation. Et l’association
Étoile Mangwa, qui regroupe les personnes vivant avec le virus, a enregistré
plusieurs nouveaux membres", remarque le Dr Ngouafong, qui voit là des
signes d'une prise de conscience et d’adhésion plus forte de la population.
Prise
de conscience
Une guérisseuse
du village Bamessingue a par exemple changé ses méthodes de travail. "Pour
éviter d’attraper le sida ou de contaminer mes patients, j’utilise une paire de
gants et une lame de rasoir neuves pour chaque malade. Plus question de dents
de singe, de crochets de serpent ou de lame unique", assure-t-elle.
Selon elle, des patients arrivent à présent avec leurs boîtes à pharmacie et
leurs propres outils. "Faire prendre conscience aux gens de l’existence
du sida, les aider à comprendre les différents modes de transmission et les
moyens de prévention constituaient notre premier souci, explique Joséphine
Pimagha, la présidente de l’AFDB. Cet objectif est atteint. Mais, mettre fin
à certaines pratiques culturelles reste un combat permanent."
L’objectif à
terme est que, une fois conscients des risques, les gens abandonnent d'eux-mêmes
progressivement les autopsies villageoises et les scarifications.