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Cameroun : la difficile autonomie des enfants de la rue
(Jade Cameroun/Syfia Cameroun) Au Cameroun, des enfants de la rue ont créé leur propre association pour mieux s'entraider et défendre leurs droits. Mais les détournements de fonds ont en partie ruiné leurs efforts.

Association des jeunes et enfants de la rue du Cameroun (Ajercam), indique une plaque à l’entrée principale du stade de football Mbappe Leppe de Douala, la capitale économique du Cameroun. À l’intérieur, des enfants de la rue sautillent dans les tribunes, d’autres sèchent des vêtements à même le sol. Ils sont deux cent quarante à vivre là, aidant à la sécurité pendant les matchs et les cérémonies contre une petite rémunération.

La création, en 2004, de l’Ajercam par les enfants de la rue eux-mêmes pour promouvoir la solidarité entre les membres, défendre leurs droits, et obtenir des fonds, a été une grande première au Cameroun. "Des Ong se vantent de nous soutenir pour obtenir de gros financements, mais une fois qu’elles les ont reçus, elles ne nous donnent que des miettes", dénonce, sous anonymat, un des fondateurs. L’Ajercam prône la solidarité et le partage entre ses membres et fait obligation aux plus grands d’encadrer les plus jeunes. Après un an de fonctionnement, l’association avait installé une antenne à Bafoussam, dans l’ouest du pays, et ambitionnait de faire de même dans les dix principales villes du pays.

 

Mauvaise gestion

De nombreuses bonnes volontés, à l'instar de la Fondation du célèbre footballeur Samuel Eto’o, faisaient alors des dons en matériel et en argent. Ces fonds ont permis, entre autres, de faire établir des cartes nationales d’identité à dix membres aujourd'hui adultes. "Nous n’avions pas d’acte de naissance, mais grâce à l’intervention du footballeur Djemba Djemba, un international camerounais, la police nous a délivré des cartes sans document de naissance", se souvient Jeannot Mandjouk, 28 ans, un des fondateurs. Grâce au soutien de l’archidiocèse de Douala et de la chaîne des foyers Saint Nicodème, une Ong qui réinsère depuis 14 ans des enfants de la rue, l’Ajercam a également réussi à inscrire une dizaine d’enfants dans des écoles catholiques et des collèges.

Les deux premières années, chaque enfant malade recevait des médicaments et était conduit par un autre membre dans un centre de santé en cas de complication. "Il ne se passait pas une semaine sans que nous ne recevions la visite de bonnes volontés qui nous apportaient du riz, des médicaments et de l’argent frais. Vraiment on était bien", se souvient Prosper, 26 ans, dans la rue depuis une dizaine d'années.

Changement de décor et d’ambiance aujourd'hui... "Regardez ce petit, lance Jeannot, en pointant du doigt un enfant qui déambule dans les gradins. Il est atteint d’une cataracte à un stade très avancé. Il attend encore le coup de pouce d’une bonne volonté pour être opéré. Nos caisses sont vides. Nos propres frères ont tout emporté !" En 2006, le président, le secrétaire et le trésorier de l'association ont en effet quitté le groupe emportant avec eux 1 800 000 Fcfa (2 750 € environ) et provoquant du même coup la colère des autres membres. Ces derniers ont alors démonté et vendu tout ce qui leur servait de toit dans le stade. Montrant une tribune complètement délabrée, Jeannot explique : "Nous avions construit à cet endroit de petites chambres en bois avec des matelas, des ustensiles de cuisine et même des téléviseurs." A présent, ajoute-t-il, "nous dormons à la belle étoile, à la merci des intempéries et des moustiques". Déçus par la mauvaise gestion, les donateurs ont perdu confiance et les dons se sont fait rares.

 

"Nous faisons nous-mêmes la police"

Les enfants de la rue n'ont pas toujours bonne presse non plus auprès de la police. En février dernier, trente-six d’entre eux ont ainsi été arrêtés en pleine nuit dans leur quartier général au stade d’Akwa et mis en prison. "Ce sont des brigands, des fumeurs de chanvre et des violeurs. Nous recevons beaucoup de plaintes contre eux. C’est ce qui explique leur mise aux arrêts", justifie, sous anonymat, un gendarme. "Notre communauté compte environ 80 personnes emprisonnées à Douala. Parmi elles, quelques-uns sont des brigands, mais pas tous. Nous faisons nous-mêmes la police pour éviter le vol", rétorque Jeannot Mandjouk.

Aidée par la chaîne des foyers Saint Nicodème, l’association a divisé Douala en une dizaine de secteurs et recensé tous les enfants de la rue qui les fréquentent. Ceux-ci doivent rapporter à l’Ajercam tout dérapage commis dans leur secteur et dénoncer les coupables, qui sont alors bastonnés par les plus grands. "Nous limitons ainsi les agressions et, en cas de plainte à notre quartier général, nous pouvons retrouver l’objet arraché et le remettre à son propriétaire. Mais, quand la police s’en mêle, ce n’est plus notre affaire", explique Mandjouk. En attendant le retour d’éventuelles aides extérieures, les membres de l’association se sont cotisés, début novembre, pour acheter savon, tapioca, sucre et médicaments à ceux d’entre eux qui sont en prison.

Charles Nforgang

 



Publié le 18 / 11 / 2009


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